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Suite à de nombreuses interrogations, voici un petit article décrivant la chaine de la gestion des couleurs de la prise de vue à l'impression de la photo. Il est très difficile de traiter en détail un tel sujet, ce petit exposé n'est qu'une synthèse afin de vous éclairer sur certaines notions qu'il ne faut pas ignorer. Une bonne connaissance de votre matériel, des logiciels de développement et de retouche photo est nécessaire pour produire des photos de qualité avec des couleurs proches de la réalité. Pour avoir plus de détails sur ce sujet, je vous recommande la lecture du site d'Arnaud Frich qui est la référence en la matière.


 

Tout d'abord quelques définitions :

Le Profil ICC : En 1993, les leaders de l'informatique ont créé l'ICC (International Color Consortium) afin de traiter définitivement le problème des couleurs d'un bout à l'autre de la chaine graphique. Un profil ICC est un petit fichier lié à un appareil de reproduction des couleurs. Chacun des matériels (appareil photo, imprimante, scanner, écran...) de la chaine de gestion des couleurs possède donc son propre profil ICC. Il contient des informations sur la reproduction des couleurs par l'appareil, et donc la correction des défauts de cet appareil. On comprend donc facilement pourquoi un profil ICC est intimement lié à l'appareil. Au fil du temps, ces défauts vont varier, aussi il conviendra de créer un nouveau profil ICC en réalisant un calibrage. On peut calibrer un appareil photo, un moniteur d'ordinateur, une imprimante, un scanner à l'aide d'une sonde de calibrage.

Voici à titre d'exemple la sonde X-rite display pro pour le calibrage d'un écran :

 

 

 

L'espace colorimétrique : Un espace de couleurs ou espace colorimétrique est un ensemble de couleurs visibles par l'oeil  humain appelé également gamut. Le gamut d'un écran représente toutes les couleurs que ce dernier est capable d'afficher. Celui d'une imprimante, toutes les couleurs qu'elle est capable d'imprimer. Il existe deux types d'espaces de couleurs : ceux liés à chaque appareil (et l'on parle alors de profil ICC), et certains inventés par des ingénieurs, indépendants d'un appareil et dont les plus connus sont le sRGB, l'Adobe RGB 1998 ou encore le ProPhoto RGB que l'on appelle espaces couleurs neutres.

sRGB, ou standard RGB (Red Green Blue), est un espace colorimétrique rouge, vert bleu (RVB) créé par Helwett Packard et Microsoft en 1996. Cet espace englobe donc les couleurs primaires, c'est le plus petit des espaces colorimétriques. Il est surtout utilisé par le Web pour des raisons de performances, et ne conviendra pas aux exigences des photographes soucieux de la qualité des couleurs.

En 1998 les ingénieurs d'Adobe ont créé l'espace colorimétrique Adobe RGB, ce dernier a été conçu pour englober la plupart des couleurs réalisables sur nos imprimantes, dont les couleurs CMJN, mais en utilisant les couleurs primaires RVB d'un moniteur d'ordinateur.

Les ingénieurs de Kodak ont créé l'espace Prophoto RGB, un espace à très large gamut.  Le ProPhoto RGB suit les spécifications du standard ICC et d’Adobe Photoshop en appliquant un point blanc D50 (5000 K).

 

 

 

Quelques conseils :

Chaque appareil n'ayant qu'un gamut limité, celui-ci doit transmettre à l'espace de destination son profil, sous-espace de celui-ci.

Sur nos boitiers nous avons le choix entre deux espaces : sRGB et Adobe RGB. Bien souvent, les boitiers sont réglés par défaut sur le sRGB, je vous conseille de choisir l'espace le plus grand à savoir Adobe RGB, vous verrez une nette différence au niveau des verts. L'espace colorimétrique ne sera appliqué que lors de la transformation de l'image Raw en JPEG, vous aurez des couleurs plus précises en JPEG avec Adobe RGB. Pour les fichiers Raw, les couleurs sont définies à travers le profil ICC de l'appareil, par contre l'histogramme est affiché à partir d'une interprétation JPEG de votre fichier Raw, il sera beaucoup plus précis en Adobe RGB. De même pour la visualisation de votre photo sur l'écran de votre appareil. Si vous shootez en Raw+Jpeg, vos JPEG seront de meilleure qualité à travers cet espace. Pour ma part, mon boitier reste calé sur Adobe RGB quelle que soit la qualité d'image choisie, sachant que je ne travaille plus qu'en Raw ou en Raw+Jpeg.

En sortie de l'étape de développement, on se calera sur l'espace le plus grand à savoir Prophoto RGB, car la transformation en JPEG est extrêmement destructrice, aussi on essayera de limiter au maximum les pertes d'informations. Aujourd'hui, les performances d'un ordinateur et de Photoshop permettent de manipuler de gros espaces colorimétriques sans problème.


 


Les couleurs dans la chaine graphique d'une photo Raw :

À la prise de vue : C'est le profil ICC de l'appareil photo qui va décrire les informations colorimétriques de votre image.

 

Au niveau du post-traitement : Votre logiciel de développement va attribuer un profil ICC à votre photo, ce profil est en général le profil ICC générique de votre boitier, et va très peu différer de celui de la prise de vue. Ainsi pendant la phase de développement sous Camera Raw, c'est le profil ICC choisi par les ingénieurs d'Adobe qui va être appliqué. Cela explique pourquoi Camera Raw refuse de traiter une photo dont le boitier n'est pas connu dans la base du logiciel. Tous les réglages, optimisations, améliorations effectués durant cette phase de développement seront faits à l'aide de ce profil ICC. Vous pouvez modifier le profil Adobe Standard attribué par défaut à votre photo, pour ce faire il convient d'ouvrir l'onglet "Étalonnage de l'appareil photo" et de choisir le profil qui vous convient le mieux.

Pour les réglages en sortie de votre logiciel de développement, il vous faudra choisir un espace colorimétrique, je vous conseille de choisir le plus grand à savoir Prophoto RGB. Lorsque vous enregistrerez votre image en JPEG en sortie de développement le profil ICC sera converti dans l'espace colorimétrique spécifié. Il faut noter que l’histogramme présent dans Adobe Camera Raw ne correspond pas au profil ICC du fichier RAW qu’on est en train de traiter, mais correspond à l'espace de couleurs choisi pour l’exportation. C'est la raison pour laquelle je vous demande dans mes tutos de choisir votre espace colorimétrique de sortie dès le début de votre traitement. On voit l’histogramme tel que sera le fichier, une fois ouvert dans Photoshop.

 

Au niveau de l'affichage sur votre écran : Votre photo sera visualisée sur votre écran en fonction du profil ICC de celui-ci. Il convient de calibrer régulièrement votre moniteur, car au fil du temps les couleurs vont bouger. Les spécialistes recommandent de calibrer votre écran tous les mois. Les sondes de calibrage-écran sont devenues accessibles, il ne faut donc pas s'en priver. Votre sonde est accompagnée d'un logiciel qui va effectuer le travail de mesure pour créer un profil ICC. Une fois que votre logiciel est paramétré, cette opération prend peu de temps. Faites-le, car l'écran est le média sur lequel vous allez effectuer tout votre travail de sélection et de post production.

Préférer un écran dédié aux arts graphiques à large gamut, le seul petit inconvénient est le coût d'un tel matériel. Il en existe de très bons chez Eizo, mais a plus de 1000 €. NEC et DELL fabriquent ce type d'écran à un prix plus raisonnable, notamment le DELL U2413 ou le U2713 sont excellents.

 

Au niveau de l'impression : Si vous imprimez vous-même vos photos, il conviendra de vous équiper d'une bonne imprimante, capable de reproduire fidèlement les couleurs de vos images. Je vous conseille de voir du côté de Canon ou d'Epson pour avoir du matériel de qualité en impression photo. C'est le profil ICC de votre imprimante qui sera pris en compte au moment de l'impression. Tout comme un écran, une imprimante peut être calibrée à l'aide d'une sonde dédiée à ce type de travail, on appelle ce matériel un spectrophotomètre. Malheureusement, le premier prix pour un produit sérieux commence à 400 euros environ...

 

Vous allez donc calibrer un trio imprimante-papier-encre. Sur le Net, vous allez trouver des profils ICC gratuits en fonction du couple modèle d'imprimante-papier notamment chez Ilford.

 

Voilà, j'espère que ces quelques explications et conseils vous aideront dans vos choix et à mieux appréhender mes tutos en matière de développement.